En bref :
- Taïwan va investir au moins 250 milliards de dollars aux États-Unis dans les semi-conducteurs.
- Washington abaisse les droits de douane sur les produits taïwanais de 20 % à 15 %.
- Les États-Unis veulent réduire leur dépendance stratégique à l’Asie pour les puces avancées.
- Pékin dénonce un accord qui viole le principe d’« une seule Chine ».
- Taïwan conserve son rôle central dans la production mondiale de puces, notamment pour l’IA.
Un accord stratégique au cœur des enjeux technologiques mondiaux
Les États-Unis et Taïwan ont officialisé jeudi un accord commercial et industriel majeur visant à renforcer la production de semi-conducteurs sur le sol américain, en échange d’un allègement des droits de douane imposés aux exportations taïwanaises.
Au cœur de cet accord : des investissements taïwanais d’au moins 250 milliards de dollars aux États-Unis, auxquels s’ajoutent 250 milliards de dollars de garanties de crédit, destinées à consolider l’écosystème et la chaîne d’approvisionnement américaine dans un secteur devenu crucial pour la sécurité nationale.
« Nous avons besoin de ces semi-conducteurs pour notre sécurité nationale, et ils doivent être fabriqués aux États-Unis », a déclaré le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, sur CNBC, après plusieurs mois de négociations.
Vers une autosuffisance américaine en semi-conducteurs
Pour Washington, l’objectif est clair : réduire une dépendance jugée excessive à l’égard de productions situées à près de 15 000 kilomètres.
« Nous ne pouvons pas nous appuyer sur un pays aussi éloigné pour des composants essentiels à notre sécurité », a insisté Howard Lutnick, affirmant vouloir rendre les États-Unis autosuffisants à moyen terme.
Selon le ministère du Commerce, l’ambition américaine est d’attirer 40 % de la chaîne d’approvisionnement taïwanaise des semi-conducteurs sur son territoire, notamment pour la production de puces avancées, indispensables aux smartphones, aux centres de données et aux technologies d’intelligence artificielle.
Une contrepartie douanière favorable à Taïwan
En échange de ces investissements colossaux, les États-Unis ont accepté de réduire les droits de douane sur les produits taïwanais de 20 % à 15 %, les alignant ainsi sur ceux appliqués aux produits européens et japonais.
Les taxes sectorielles, notamment sur les pièces automobiles, le bois de construction ou l’ameublement, ne dépasseront pas ce seuil. Certains produits stratégiques, comme les médicaments génériques, les composants aéronautiques ou les ressources naturelles indisponibles aux États-Unis, seront exemptés de droits de douane.
Le Premier ministre taïwanais Cho Jung-tai a salué un accord « durement gagné », parlant même d’un « coup de maître » diplomatique et économique.
TSMC et le rôle clé de Taïwan dans l’industrie mondiale
Déjà leader mondial incontesté du secteur, Taïwan fabrique plus de la moitié des puces mondiales et quasiment la totalité des semi-conducteurs les plus avancés. Cette position dominante, souvent qualifiée de « bouclier de silicium », est considérée comme un atout stratégique majeur face aux menaces chinoises.
Le géant TSMC, dont le bénéfice net a progressé de 25 % au dernier trimestre, avait déjà annoncé un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars aux États-Unis, notamment en Arizona, où sa présence pourrait encore s’étendre.
Le ministre taïwanais des Affaires économiques, Kung Ming-hsin, a affirmé que Taïwan resterait le premier producteur mondial de semi-conducteurs pour l’IA, aussi bien pour ses entreprises nationales que pour le marché mondial.
La colère de Pékin
Sans surprise, la Chine a réagi avec fermeté. Pékin a déclaré s’opposer « résolument » à cet accord, qu’elle considère comme une violation du principe d’« une seule Chine ».
« La Chine s’oppose à tout accord officiel ayant des implications en matière de souveraineté entre des pays ayant des relations diplomatiques avec elle et la région chinoise de Taïwan », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, appelant Washington à respecter ses engagements diplomatiques.
Cette réaction souligne une nouvelle fois la dimension géopolitique explosive du dossier des semi-conducteurs, devenu un champ de bataille économique, technologique et stratégique entre les grandes puissances.
Un équilibre fragile entre économie et géopolitique
Si cet accord renforce la coopération entre Washington et Taipei, il illustre aussi les tensions croissantes autour de la souveraineté taïwanaise et du contrôle des technologies critiques. Pour Taïwan, le défi sera de maintenir son avance technologique tout en répondant aux attentes de ses alliés, sans fragiliser son propre « bouclier de silicium ».










