En bref
- La fin des voitures thermiques en 2035 apparaît irréalisable selon Luc Chatel.
- Les ventes automobiles restent 28 % sous leur niveau pré-Covid.
- L’électrique plafonne à 18 % du marché, loin des 25-26 % exigés en 2025.
- Jusqu’à 75 000 emplois français pourraient disparaître sans assouplissement.
- Les constructeurs chinois accélèrent en Europe avec une part de marché portée à 7 %.
- La filière française réclame un calendrier plus réaliste et une stratégie moins rigide.
La filière française alerte sur une échéance devenue ingérable
L’échéance de 2035 fixée par l’Union européenne pour l’arrêt total des voitures thermiques affole une partie de l’industrie automobile française. Luc Chatel, président de la Plateforme automobile, estime que ce cap approche dans un climat très défavorable, où les indicateurs commerciaux et industriels virent progressivement au rouge.
Les constructeurs nationaux affrontent une succession de difficultés économiques, logistiques et sociales qui fragilisent leur capacité à suivre la trajectoire de décarbonation imposée par Bruxelles. Les contraintes réglementaires s’accumulent alors que le marché ne retrouve toujours pas son dynamisme d’avant-pandémie.
Une demande automobile encore loin de retrouver son rythme de croisière
Les chiffres du marché résument la situation : autour de 140 000 véhicules neufs ont été immatriculés en septembre, contre près de 160 000 avant la crise sanitaire. Cette différence équivaut à une contraction de 28 %, un niveau qui pèse lourdement sur les marges et sur la stratégie industrielle des grands groupes.
Au sein du groupe Stellantis, ces tensions se traduisent par des arrêts temporaires à Sochaux et Mulhouse, tandis que les salariés de Poissy ont été placés en activité réduite. Les sites en Italie, en Allemagne, en Espagne et en Pologne connaissent la même pression, confirmant une fragilité à l’échelle continentale.
| Indicateur | Situation actuelle | Objectif 2025 |
|---|---|---|
| Part des véhicules électriques | 18 % | 25-26 % |
| Ventes mensuelles (septembre) | 140 000 | 160 000 |
| Écart avec l’ère pré-Covid | -28 % | Retour au niveau normal |
L’électrification patine malgré les ambitions européennes
L’objectif d’accélérer rapidement la transition vers l’électrique se heurte à un marché qui stagne. Avec 18 % de part de marché, le segment reste très loin des 25-26 % exigés dès 2025. La marche à franchir est d’autant plus haute que les ventes de modèles électriques ont reculé en 2024 par rapport à 2023.
Ce ralentissement complique la transition sociale : la PFA estime que maintenir strictement le calendrier de 2035 pourrait entraîner la suppression de 75 000 emplois en France. Un tel choc fragiliserait durablement la filière, déjà éprouvée par des restructurations successives.
Les discussions engagées à Bruxelles portent désormais sur des assouplissements éventuels :
- un étalement du calendrier,
- des seuils intermédiaires recalibrés,
- des ajustements sectoriels,
- une prise en compte des réalités nationales.
La percée fulgurante des constructeurs chinois rebattant les cartes européennes
Les marques chinoises montent en puissance. Leur part de marché est passée de 1 % à 7 % en seulement quelques années, dopée par des prix agressifs et des véhicules technologiques. En France, les importations venues de Chine ont progressé de 30 % depuis le début de 2024.
Cette concurrence fragilise les constructeurs européens, contraints de se conformer à une réglementation dense alors que les industriels chinois déploient leurs capacités sans les mêmes contraintes. Luc Chatel résume cette asymétrie par une formule percutante : « Là où les Chinois investissent, l’UE met des normes ».
Si les exigences de 2035 restent inchangées, une désindustrialisation rapide n’est pas exclue, avec un risque de disparition progressive de pans entiers de l’automobile européenne.
Vers une stratégie plus pragmatique et moins rigide
Pour les acteurs français, la transition actuelle souffre d’un défaut de méthode : Bruxelles a imposé une technologie avant d’encourager la recherche et la diversification des solutions énergétiques. Cette stratégie crée un environnement où l’innovation doit se conformer à une seule voie, au détriment de la souplesse et de la compétitivité.
Des signaux plus conciliants émergent néanmoins dans les discussions européennes. Certains États membres poussent pour une adaptation des échéances, anticipant les conséquences industrielles et sociales d’une transition trop linéaire.
L’enjeu dépasse le cadre national. L’ensemble du continent se trouve face à un équilibre délicat : atteindre des objectifs environnementaux ambitieux tout en préservant la viabilité économique d’un secteur stratégique.









