En bref
– L’or atteint des sommets historiques autour de 4 380 dollars l’once en 2025.
– L’argent enregistre une progression spectaculaire, proche d’un doublement annuel.
– Les anticipations de détente monétaire américaine renforcent l’attrait des actifs tangibles.
– Banques centrales, ETF et nouveaux acteurs institutionnels se disputent une offre physique limitée.
– Les tensions géopolitiques et monétaires accélèrent la reconfiguration du système financier international.
Une année charnière pour l’or et l’argent
L’année 2025 s’achève sur une performance hors norme pour l’or et l’argent, devenus les grands bénéficiaires d’un environnement financier instable. Tandis que les indices boursiers peinent à dégager une trajectoire claire depuis l’automne, ces deux actifs s’imposent comme des repères solides dans un paysage dominé par l’incertitude monétaire et géopolitique. L’or flirte avec les 4 380 dollars l’once, un niveau jamais observé auparavant, pendant que l’argent dépasse les 68 dollars, inscrivant lui aussi un sommet historique.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement engagé depuis plusieurs années. Le franchissement du seuil des 2 000 dollars l’once en 2020 avait marqué le début d’une séquence haussière durable. Cinq ans plus tard, la progression dépasse 60 % sur l’ensemble de l’exercice, une performance annuelle inédite depuis plus de quarante ans pour l’or.
Marchés financiers fébriles et arbitrages défensifs
Depuis la fin octobre, les marchés actions évoluent sans véritable moteur de croissance. Les investisseurs alternent phases de repli et rebonds techniques, sans direction durable. Cette volatilité nourrit une recherche active de stabilité, orientant les flux vers l’or et l’argent, perçus comme des valeurs refuges face à l’érosion de la confiance dans les actifs financiers traditionnels.
La perspective d’un assouplissement monétaire aux États-Unis alimente également ce mouvement. Les derniers indicateurs macroéconomiques signalent un ralentissement du marché du travail américain et une inflation moins dynamique. Dans ce climat, la Réserve fédérale pourrait engager de nouvelles baisses de taux dès 2026, affaiblissant mécaniquement le dollar et renforçant l’attrait des actifs libellés hors devise américaine.
Banques centrales et ETF : une demande structurelle
L’originalité du cycle actuel tient à la diversité des acheteurs. Les banques centrales occupent une place centrale dans cette recomposition. La Chine, l’Inde, la Pologne ou encore la Turquie ont intensifié leurs achats, cherchant à diversifier leurs réserves de change face aux fragilités du système monétaire international dominé par le dollar.
Parallèlement, les ETF adossés à l’or enregistrent des flux entrants soutenus. Les données compilées par Bloomberg et le World Gold Council montrent une progression quasi continue des encours sur l’année, à l’exception d’un bref ralentissement printanier. Cette convergence entre acteurs publics et investisseurs institutionnels exerce une pression accrue sur une offre physique déjà contrainte.
De nouveaux acteurs sur le marché physique
Un phénomène récent attire l’attention des stratégistes : l’arrivée d’intervenants issus de l’économie numérique. Certains émetteurs de stablecoins, ainsi que des services de trésorerie d’entreprises, intègrent désormais l’or dans leurs allocations. Cette extension de la base d’investisseurs contribue à renforcer la résilience de la demande, selon plusieurs analyses de banques d’investissement internationales.
Argent : l’ombre devenue lumière
Longtemps relégué derrière l’or, l’argent s’affirme en 2025 comme un actif à part entière. Sa hausse dépasse celle de nombreux segments de marché, portée à la fois par des usages financiers et industriels. La transition énergétique, la demande en composants électroniques et les stratégies de couverture des investisseurs participent à cette envolée. Le franchissement de seuils techniques majeurs a amplifié les mouvements haussiers, attirant des flux spéculatifs supplémentaires.
Géopolitique et recomposition des flux mondiaux
Les tensions internationales constituent un autre moteur de cette dynamique. Les frictions commerciales entre Washington et Caracas, les incertitudes autour des négociations en Ukraine ou encore la paralysie budgétaire américaine renforcent l’attrait pour l’or et l’argent. Ces actifs deviennent des instruments de protection face aux risques systémiques et aux ruptures potentielles dans les échanges internationaux.
Cette situation n’est pas sans conséquences pour les pays producteurs. En Afrique, la hausse des cours stimule l’extraction artisanale, accroissant les risques humains et environnementaux. Le commerce illégal prospère, avec des hubs comme les Émirats arabes unis, tandis que la Suisse conserve son statut de plaque tournante majeure pour les lingots certifiés.
Vers un nouvel équilibre en 2026 ?
Les projections des grandes institutions financières restent orientées à la hausse. Certaines banques, dont Goldman Sachs, évoquent un scénario central proche de 4 900 dollars l’once pour l’or en 2026. La rareté de l’offre physique, conjuguée à une demande élargie, dessine un marché durablement tendu.
Au-delà des records, l’année 2025 marque une inflexion plus profonde. L’or et l’argent ne se contentent plus de jouer un rôle défensif ponctuel. Ils s’inscrivent au cœur d’une réflexion stratégique sur la stabilité monétaire, la souveraineté financière et la diversification des réserves dans un monde fragmenté.









