En bref
• Une pièce d’or celtique vieille de 2 200 ans a été mise au jour près de Leipzig à l’été 2025
• Il s’agit de la plus ancienne monnaie jamais identifiée en Saxe
• L’objet prouve l’existence d’échanges économiques lointains avant l’arrivée des Romains
• Son style renvoie aux ateliers celtiques de Bohême du Nord
• La découverte affine la lecture des circuits de richesse en Europe à l’âge du Fer
Une découverte qui redessine les échanges anciens
À l’été 2025, un détecteur de métaux agréé a mis au jour une pièce d’or celtique dans un champ agricole situé près de Gundorf, au nord-ouest de Leipzig. L’objet, daté du IIIᵉ siècle avant notre ère, est désormais reconnu comme la plus ancienne monnaie jamais identifiée sur le territoire de la Saxe.
D’une taille inférieure à celle d’une pièce contemporaine d’un centime, cette monnaie importée apporte un éclairage nouveau sur la circulation des richesses bien avant l’extension de l’influence romaine en Europe centrale. Les archéologues y voient une preuve matérielle de contacts économiques structurés entre communautés agricoles locales et groupes celtiques éloignés de plusieurs centaines de kilomètres.
Un objet rare au cœur des recherches archéologiques
L’analyse scientifique du vestige est conduite par la docteure Regina Smolnik, archéologue d’État pour la Saxe au sein de l’Office régional d’archéologie. Jusqu’à présent, seules quelques monnaies celtiques avaient été recensées dans cette région, traditionnellement située hors des zones centrales de peuplement celte.
L’état de conservation remarquable de la pièce suggère une circulation maîtrisée plutôt qu’un usage intensif. Sa présence confirme des échanges réguliers avec l’Ouest, à une époque où la monnaie restait un marqueur social plus qu’un outil transactionnel quotidien.
Une pièce d’or à forte valeur symbolique
Pesant deux grammes, l’objet est classé comme un quart de statère, une unité monétaire celtique de faible module mais de forte valeur. Loin de correspondre à de la monnaie courante, ce type de pièce signalait un niveau élevé de richesse ou intervenait dans des échanges à portée sociale ou politique.
La face principale présente une tête animale stylisée, probablement celle d’un cerf, avec des éléments graphiques réduits à des formes courbes. Le revers associe un torque ouvert, une étoile aux angles arrondis et une sphère centrale. L’ensemble témoigne d’une esthétique abstraite issue de modèles grecs retravaillés par les artisans celtes.
Des routes commerciales bien établies avant Rome
Les comparaisons stylistiques orientent les chercheurs vers des ateliers monétaires situés en Bohême du Nord, dans l’actuelle République tchèque. Le trajet de la pièce aurait suivi des axes fluviaux vers le nord, reliant des territoires éloignés par des réseaux d’échanges déjà structurés à l’âge du Fer.
Ces objets circulaient souvent lors de dons, de festins ou d’accords commerciaux. L’absence d’usure visible sur la pièce de Gundorf renforce l’hypothèse d’un usage symbolique, lié au prestige et à la reconnaissance sociale.
Du mythe à la preuve matérielle
Ce type de monnaie concave est connu sous le nom de regenbogenschüsselchen, littéralement « coupes d’arc-en-ciel ». Des croyances populaires associaient ces pièces à la chance, car les pluies faisaient parfois apparaître ces objets à la surface des champs labourés.
Des découvertes récentes en Brandebourg et en Bavière, mises en parallèle avec celle de Gundorf, dessinent une cartographie étendue des échanges celtiques, bien au-delà de leurs zones d’implantation traditionnelles.
Une découverte encadrée et valorisée
La mise au jour de la pièce revient à Daniel Fest, prospecteur formé et déclaré, qui a signalé immédiatement sa découverte aux autorités archéologiques. La localisation précise et la profondeur ont été documentées avant l’extraction, permettant une lecture stratigraphique complète du site.
Présentée au public à Dresde par la ministre saxonne de la Culture, Barbara Klepsch, la pièce a intégré les collections muséales régionales. Elle restera accessible aux chercheurs comme aux visiteurs, offrant un témoignage concret de l’économie ancienne européenne.









