En bref
Pour la première fois, l’Europe plonge dans un déficit commercial historique vis-à-vis de la Chine sur les véhicules. Importations massives, montée en puissance des constructeurs chinois, dépendance accrue aux pièces détachées : le continent fait face à un choc industriel qui bouleverse l’équilibre économique du secteur automobile. Pendant que les sous-traitants tirent la sonnette d’alarme, la question d’une préférence européenne refait surface, dans un contexte politique et réglementaire sous tension.
Un déficit inédit qui marque un tournant majeur
Selon les analyses du Gerpisa, 2025 est l’année du basculement. L’Europe, qui affichait encore un excédent de 15 milliards d’euros sur les voitures en 2022, se retrouve désormais dans le rouge.
Ce renversement rapide illustre deux dynamiques :
- une explosion des importations de modèles électriques chinois, souvent plus compétitifs ;
- une montée en gamme fulgurante des constructeurs du pays, capables de proposer des véhicules technologiquement solides à un prix imbattable.
L’autre phénomène, encore plus préoccupant : les pièces automobiles chinoises.
Elles ont bondi de 67 % depuis 2021 en Europe. Batteries, moteurs électriques, électronique de puissance : les composants clés de la transition vers l’électrique proviennent désormais massivement d’Asie.
Pour les sous-traitants européens, c’est un véritable raz-de-marée industriel.
Des sous-traitants européens au bord de l’asphyxie
Les équipementiers et sous-traitants français observent une pression sans précédent.
Produire localement coûte plus cher, et la concurrence chinoise impose ses prix sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Plusieurs risques se détachent :
- érosion des marges chez les fournisseurs européens ;
- fermetures potentielles d’usines faute de volumes ;
- désindustrialisation accélérée de certains territoires ;
- perte de savoir-faire sur des composants stratégiques.
En parallèle, les constructeurs, eux, se retrouvent face à un dilemme délicat :
rester compétitifs en s’approvisionnant en Chine… ou soutenir une filière européenne fragilisée.
Cette tension structurelle alimente le débat politique.
Le retour du débat sur la “préférence européenne”
Face à ce déséquilibre, la France pousse activement une idée : favoriser les industriels utilisant au moins 75 % de composants produits en Europe.
L’objectif :
- réduire la dépendance aux importations chinoises,
- protéger les chaînes de valeur locales,
- reconstituer un socle industriel solide,
- sécuriser les emplois du secteur automobile.
Mais l’idée divise profondément les États membres.
Les pays favorables
- France, moteur du projet ;
- Allemagne, en repositionnement pour défendre son industrie automobile ;
- plusieurs pays d’Europe du Sud.
Les opposants
Neuf États, parmi les plus libéraux du continent (Tchéquie, Irlande, pays baltes, Scandinavie…), y voient un dispositif :
- coûteux (plus de 10 milliards d’euros par an selon certaines estimations),
- risqué pour l’innovation,
- potentiellement incompatible avec les règles commerciales internationales.
Cette fracture ralentit le processus. Résultat :
la Commission européenne a reporté à début 2026 la présentation de son grand plan industriel « Made in Europe ».
Une Europe prise en étau entre transition électrique et dépendance industrielle
Le timing de cette crise n’arrange rien :
l’Europe accélère sa transition vers la voiture électrique, mais elle dépend largement de la Chine pour les batteries, les moteurs électriques et la plupart des composants stratégiques.
Cela crée un paradoxe :
- la transition verte doit s’accélérer,
- mais la souveraineté industrielle recule.
Pour les économistes, la situation est claire :
sans réorganisation profonde de la chaîne de valeur, l’Europe risque de perdre définitivement la bataille de l’automobile électrique.
Les défis sont multiples :
- développer une filière batterie 100 % européenne ;
- relocaliser certains composants clés ;
- investir massivement dans l’innovation ;
- rendre compétitif le coût de production local.
Un chantier gigantesque qui nécessite une coordination politique forte.
Ce qu’il faut retenir
L’Europe fait face à un défi historique :
pour la première fois, son commerce automobile avec la Chine est déficitaire, et la dépendance aux pièces chinoises explose. Les sous-traitants européens alertent sur un risque de désindustrialisation rapide, tandis que le débat sur la préférence européenne fracture les États membres. Dans un contexte de transition vers l’électrique, ce déséquilibre révèle la nécessité urgente de reconstruire une souveraineté industrielle pour éviter que la filière automobile européenne ne perde définitivement son leadership mondial.









